Comment faire du neuf avec du vieux ?

Nous allons voir un travail de mise en forme de deux Ulmus parvifolia (30 ans environ)- qui en final, n'en feront plus qu'un ! - réalisé au cours de l'été 2002.
Voilà des arbres d'importation (en provenance de Chine), que l'on peut voir fréquemment chez des revendeurs à des prix plus ou moins alléchants ... raison pour laquelle un grand nombre d'amateurs se laissent tenter. Cependant, il faut savoir que ces arbres cultivés 'à la dure' dans des pépinières de grande production se caractérisent essentiellement par une profusion de défauts majeurs ; que l'on prenne le chignonage des racines, le nébari (départ de racines) inexistant, les branches charpentières désespérément 'accrochées' au tronc, le tout bourré dans une poterie à la vaille que vaille et expédié par bateau en Occident (on se demande parfois comment cela résiste aux contrôles phytosanitaires) ... puisque ça se vend !

Et bien figurez-vous que ce n'est pas fichu pour autant!

En effet, nous allons voir au fil de ces quelques clichés qu'avec un tant soit peu d'imagination, on peut espérer façonner un arbre qui après quelques années de soins sera digne de trôner dignement sur vos étagères (il faut savoir néanmoins qu'un minimum de cinq ans est nécessaire pour obtenir un résultat gratifiant).

 
Je profiterai de cette occasion pour apporter un conseil aux débutants qui se désespèrent - au fur et à mesure que leur œil s'affine- lorsqu'ils voient ainsi tous les jours, des arbres " qu'ils n'auraient jamais du acheter ", se traîner lamentablement d'années en années ; reculant toujours l'opportunité de couper une branche maîtresse pour voir ce que cela donne, ne voyant plus à la fin que les défauts et somme toute incapable d'y remédier ;
et bien c'est d'y mettre un terme ! A l'arbre, NON ! aux défauts, OUI ! Il faut se dire qu'un défaut esthétique sur un arbre ne s'atténue pas avec le temps, loin de là, il s'amplifie et c'est un réel désagrément lorsque vous commencez à évoluer dans cet art, que de posséder des 'radouilles' dont vous hésitez à vous débarrasser, le plus souvent par sentiment affectif envers une plante, un être vivant par définition, qui un jour vous a tendu ses branches.
Si vous vous sentez incapable de voir au travers de ces arbres un semblant de forme, de silhouette à faire ressortir par quelques heureux coups de ciseaux, n'hésitez pas à contacter un professionnel (le coût de l'opération est un investissement), ou un club de bonsaï, au sein duquel règne toujours un expert en la matière, qui sauront vous expliquer et faire avec vous ce que vous n'aviez jamais osé entreprendre.
Leur expérience, que vous n'avez pas forcément,
saura trouver ce qui se cache dans la 'radouille' évoquée plus haut, et c'est avec émerveillement que vous verrez ou découvrirez ultérieurement la métamorphose de ce que vous croyiez irrécupérable.
Un arbre n'est jamais perdu, quitte à ne garder qu'une souche !!
Après, c'est une question de temps et de savoir faire. J'ai ainsi dans ma pépinière, des souches maintenant vieilles de plusieurs années, mises en pleine terre après une épuration radicale - il y a en effet des arbres qui ne veulent rien savoir lorsque vous leur glissez à l'oreille que leur tour est venu de 'jouer' au bonsaï - qui commencent à me sourire lorsque je les passe en revue. Cela peut faire de très beaux 'têtards' pour peu que vous ayez tout spécialement soigné le 'nébari'. Donc,
RIEN N'EST JAMAIS PERDU.

     

Nous voilà donc au pied du mur.
A regarder quelque temps ces arbres, toujours dans leur poterie d'origine, on constate qu'individuellement ils n'offrent rien de vraiment remarquable; Cependant, une vague idée, sans doute due au mouvement des deux tronc juste au dessus du départ des racines (nous ne parlerons pas de 'nébari' pour l'instant), commence à naître .
Elle consisterait
à réunir pour la vie ces deux compères. C'est une idée, mais attendons de voir l'état général des deux systèmes racinaires avant de s'emballer. Le lavage des racines au jet d'eau est fortement conseillé lorsque vous avez à faire à des arbres d'importation comme ceux-çi, qui ont été rempotés dans une argile typiquement chinoise, qui n'est pas forcément le meilleur substrat pour le type de travail qui nous attend.
Donc, dans la mesure du possible, ne soyez pas 'chiche' sur la consommation d'eau et allez-y de bon cœur.
Essayez de supprimer tout ce qui rappelle le pays d'origine ; c'est-à-dire, argile, plastiques, bouts de verres et de ficelles, et j'en passe….. Cela peut demander du temps et pendant que vous 'karchérisez', veillez à l'aide d'une griffe et d'une brosse à démêler un maximum de racines.
Vous découvrirez à vos dépens, qu'elles sont affreusement entremêlées et que ce n'est pas une tâche aisée. Il faut 'défaire les nœuds'. Certains se diront que réaliser cette opération en plein été n'est pas très conforme à ce que l'on peut lire dans les 'manuels'. Et bien (dans ce cas précis) oubliez les manuels, et ne vous faites pas de soucis. Les Ulmus sont tellement contents de se voir ainsi pomponnés, qu'ils en redémarreront de plus belle.
N'oubliez pas que le Créateur dans son infinie sagesse nous a tout spécialement offert, à nous bonsaïka (amateurs de bonsaï), cette essence noble entre toutes, qui se prête à merveille dans l'art de 'rapetisser' les arbres. Je ne vous cacherai pas que les Ulmus parvifolia sont les arbres que je préfère travailler et que leur bonne volonté les conduit
à endurer toutes les situations. Quand je pense - et là, je vais me mettre en colère - qu'ils sont encore vendus comme arbre d'intérieur dans la plupart des magasins de grande distribution, c'est une insulte à la création et un 'génocide mercantile'. C'est fini, je me calme.

  

Une fois le lavage et l'essorage terminé, mauvaise surprise.
Cet arbre a réellement besoin d'une révision générale de son moteur. Chevelu très faible. Seules quelques racines maîtresses ont encore un souffle de vie et leur départ est noyé dans un imbroglio de racines mortes qu'il va falloir supprimer. Après, on y verra plus clair pour
améliorer le fameux nébari, qui constitue la pièce maîtresse de tout futur bonsaï. Le deuxième sujet présente plus ou moins les mêmes caractéristiques, et il va être temps maintenant de les amener sur la table de travail.