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Voilà nos deux compères en pleine discussion
et je les laisse quelques temps 'tailler une bavette' avant ….. que
de leur tailler les racines ;
juste histoire de mettre un peu de tabac dans ma pipe. Après tout,
ils en ont des choses à se raconter...
Autre point à ne pas négliger, prendre son temps avant de sortir l'artillerie
(je veux parler des pinces, concaves, obliques, à racines et autres
outils contendants, comme on dit dans la gendarmerie).
A ce stade, il faut déjà avoir une
idée de la forme que vous allez donner
à tout ce petit monde et la coupe de certaines racines devra s'accorder
à cette future orientation.
Ne pas trop en supprimer, pour en
avoir suffisamment afin d'assurer la reprise de l'arbre. Comme
je l'avais évoqué précédemment, j'ai décidé de 'marier' ces deux arbres
et l'apparence des racines telles qu'elles se présentent après le
'décapage' semble favorable à un rapprochement des deux troncs. De
telle sorte qu'après avoir éradiqué des racines d'un
seul côté du tronc, on puisse réellement
les 'souder' sans que l'on devine qu'il s'agisse de deux arbres ayant
vécu séparés.
C'est ça l'amour chez les plantes !
Vivre une trentaine d'années à des lieues l'une de l'autre; être
embarquées un beau - ou un triste matin - dans un sordide container
à destination d'un pays inconnu - le nôtre en l'occurrence -; et un
beau jour, la providence agissant selon sa guise, les réunir pour
l'éternité chez un modeste éleveur de bonsaï - votre humble serviteur
- qui aura ainsi contribué au bonheur de deux êtres que tout devait
garder éloignés l'un de l'autre.
J'en ai les larmes aux yeux … (sortez les mouchoirs, NDLR) |
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C'est parti, on commence à faire le ménage.
Une fois les arbres réunis à la base, après êtres sûr de
les avoir correctement placés, en ayant essayé toutes les combinaisons
possibles (cela peut jouer à quelques centimètres), je pense avoir
enfin trouvé un départ des troncs ayant
suffisamment de caractère pour donner
au futur travail ce mouvement que j'avais imaginé en les réunissant.
Les deux troncs - et c'est toujours une histoire d'amour - après
une fusion à la base s'éloignent l'un de l'autre pour se rapprocher
à nouveau, sans se toucher néanmoins ; le tout devant évoquer une
danse et une élévation puisqu'un
arbre par principe est aspiré par le ciel. La
difficulté, lorsque vous commencez à éliminer l'excès de branches
et de ne pas perdre le rythme que vous voulez donner à tout ça.
Il faut avoir une vision globale
de votre travail, ne pas hésiter à s'interrompre de temps en temps
et s'éloigner de plusieurs mètres pour voir l'ensemble. Regarder
de tous les côtés, ne pas créer de grands vides regrettables, mais
avoir malgré tout de la transparence.
Il faut voir à travers l'arbre pour y découvrir des paysages imaginaires,
le plein et le vide, jouer avec ces deux supports de la création.
Cela vient avec l'expérience.
Quelques grosses coupes ont été effectuées afin de dégager la ligne
du tronc et de ressortir la cime des arbres. On commence à deviner
la forme. Plus des ¾ des branches ont été éliminées. |
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Voilà un des deux arbres 'terminé'.
On pourrait dire qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même. Du
moins est-il rendu à sa plus simple expression. C'est avec ce
presque rien, que l'on va pouvoir recréer une autre entité qui
s'appellera double tronc ( Sokan),
puisque son acolyte en est au même stade de dénuement.
L'effort principal consiste à ne garder que ce que l'on croit
nécessaire à l'ébauche de ce que l'on veut créer. Supprimer
l'inutile et le superflu, est la base de la création d'un bonsaï.
Ce qui peut nous conduire, je l'évoquais
plus haut, lorsque l'on devient exigeant - et tout amateur de
bonsaï le devient forcément - à ne conserver qu'un 'tronc' ! Cela
arrive souvent, mais c'est ainsi que les choses avancent.
Nous avons choisi une poterie artisanale
chinoise (Yixing) de forme ovale (75cmx38cm) qui convient à ce
style d'arbre. Ses bords relativement bas mettront en valeur le
départ des deux troncs, et elle est suffisamment vaste pour que
les futures racines trouvent matière à s'épanouir.
A présent, il nous reste à mettre ces deux tourtereaux dans un
lit douillet tout spécialement apprêté. La pose des grilles dans
le pot, une couche de substrat un peu plus grossier dans le fond
sont de circonstance.
Il nous faut maintenant positionner correctement l'ensemble en
évitant la symétrie. On en profite pour réunir avec du raffia
des racines des deux arbres, ce qui permettra de maintenir définitivement
les troncs collés l'un à l'autre.
Vu le poids des deux arbres et leur faible prise au vent, il n'est
pas nécessaire de les attacher au pot. L'important ici, comme
je le disais précédemment et de lier les deux arbres l'un à l'autre.
C'est dans la parfaite fusion
des deux troncs que réside le résultat souhaité. Dans
quelques années, lorsque le 'nébari' aura évolué favorablement,
la force de cet arbre résidera essentiellement dans cet élan opposé
des troncs qui donne à l'ensemble un mouvement qui, bien que non
codifié (selon les principaux styles de bonsaï) évoque malgré
tout quelques silhouettes d'arbres gravées dans notre imaginaire.
Du moins dans le mien.
La principale caractéristique du nouveau mélange utilisé pour
ces arbres est à l'opposée de ce qu'ils avaient connu jusqu'alors,
et réside dans l'obtention d'une aération
optimum qui permettra aux toutes
nouvelles racines de se développer rapidement.
Quelques soient les arbres que vous élevez, cette condition devrait
être un dénominateur commun. Pour ma part, depuis de nombreuses
années, j'utilise à ces fins un produit qui me donne de grande
satisfaction, et qui rentre à plus de 70% dans la composition
de mes mélanges (voire 100% pour certaines essences) que l'on
appelle 'pierre ponce'.
C'est un matériaux d'origine volcanique, que l'on peut trouver
dans différentes couleurs, et qui détient
la propriété exceptionnelle d'aspirer l'eau tout en apportant
une grande aération.
C'est la panacée pour les racines et
je ne pense pas que l'on puisse trouver un substitut aussi efficace
pour l'usage auquel il est destiné. Cependant, il est conseillé
de le tamiser, car ce produit, ayant subi un concassage, est souvent
accompagné d'un pourcentage important de poussières qui auraient
vite fait de transformer le fond des poteries en un marécage.
La granulométrie que j'utilise est comprise entre 2 et 4mm et
convient à la plupart des arbres. Prenez soin lorsque vous apportez
le mélange à ce qu'il se répande
correctement partout ou peut exister
une poche d'air. On peut utiliser des baguettes (ça fait toujours
très asiatique), ou les doigts ce qui, soyez en sûr, vous épargnera
un passage chez la manucure. C'est en effet à de la pierre ponce,
que vous avez à faire !
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Souvent, et je ne saurai vous dire exactement
pourquoi, je rajoute de la sphaigne
(j'ai bien dit de la sphaigne, et non pas de la mousse) lorsque j'ai
à faire à des arbres qui ont peu de
racines 'opérationnelles'. Je suis
presque sûr qu'il existe des vertus cachées dans cette plante (assez
difficile à se procurer, il faut le reconnaître), qui favorise la
naissance des racines.
De préférence, je la localise à la base des troncs, et tels les anciens
matelot qui calfataient avec de l'étoupe, je m'efforce d'en glisser
entre les grosses racines. Ensuite, l'arrosage aidant, elle se glissera
d'elle-même, là où il convient. Il
va sans dire qu'il est souhaitable
de panser les grosses coupes. Il existe
de bons produits et le 'Lac Balsam' se comporte bien dans le temps
grâce à son élasticité. |
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Un bon arrosage aura pour effet de mettre
en contact substrat et racines. Arrosez
abondamment à plusieurs reprises et sous tous les angles. A titre
d'indication, pour un pot de ce volume, je passe deux à trois arrosoirs
de 5 litres.
Ensuite, pour assurer la reprise ,ou la survie si vous voulez, je
vous conseille de mettre tout ce petit monde à
l'abri du vent et de préférence à mi-ombre,
et ceci pendant une quinzaine de jours. Evidemment, si vous avez une
serre, c'est l'emplacement idéal.
Surveillez continuellement le degré d'humidité du substrat,
qui ne doit ni sécher ni être en permanence
saturé d'eau. C'est du bon sens. Humidifiez
au moins une fois par jour et de préférence en soirée toute la partie
aérienne. Un apport d'engrais foliaire, à faible dose peut aider à
la reprise. Rassurez-vous, les Ulmus sont des 'battants' et ils auront
vite fait de montrer à la face du monde de nouvelles feuilles qui
témoigneront de leur ardeur à se classer parmi les champions hors
catégorie de la récupération. |
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Cet arbre est loin d'être 'achevé'. Comme
je l'ai dit précédemment, une période de cinq années sera nécessaire
pour 'dessiner' les plateaux. D'autres branches seront vraisemblablement
supprimées.
Quelques ligatures, la saison prochaine - en fin de saison - viendront
améliorer de mauvaises orientations et 'boucher' des vides trop importants.
Cependant, il faudra laisser les deux arbres développer leurs nouvelles
pousses pendant quelques mois sans les tailler, même si cela rend
l'ensemble informe. On attendra le mois de juillet pour raccourcir
tout ça et revenir sur la forme initiale.
Néanmoins, en règle générale, n'hésitez
pas à éliminer en début de saison tous les bourgeons inutiles et mal
placés, c'est un gain de temps. Vous
ne conserverez et laisserez se développer que ceux qui offriront un
intérêt pour l'avenir ; soit en vue de les ligaturer, soit pour faire
grossir des branches. Maintenant,
une bonne fertilisation régulière (j'utilise
de l'engrais organique uniquement), un arrosage suivi, quelques traitements
phytosanitaires préventifs (attention
à l'anthracnose sur les Ulmus), assureront un bon départ dans la vie
à ce nouveau couple auquel nous souhaitons si vous le voulez bien,
des siècles de bonheur.
Et le voici maintenant six mois après (printemps 2003).
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