Le prélèvement ou 'Yamadori' - La préparation
Nous allons maintenant aborder les aspects techniques, en étudiant plus en détails les points essentiels que tout amateur se doit de prendre en compte avant de s'aventurer dans la 'Pampa' en quête du futur " masterpiece ".
Alors si vous le voulez, nous parlerons dans cet article de la revue de détail du matériel de base.

En premier lieu, il faut parler du déplacement.

Même si la chose peut paraître banale ou dénuée d'intérêt , il va sans dire qu'un moyen de locomotion adapté à cet exercice s'avère indispensable. Je sais qu'il existera toujours des puristes qui se lanceront sur 'la voie de la montagne', à l'image de nos aînés : Armés de leur seul courage et d'une solide paire de jambes et ceci quelque soit la distance qui les sépare du lieu de prélèvement.
Le romantisme du geste, même s'il nous satisfait intellectuellement, ne paraît guère convenir aux impératifs de notre époque.
Par conséquent, oublions définitivement les 'estampes japonaises' et voyons plus prosaïquement ce qui pourrait convenir le mieux en guise de moyen de transport.
Compte-tenu du terrain sur lequel vous comptez opérer, de la quantité de sujets que vous espérez ramener et du matériel à emporter, un véhicule genre camionnette, ou 4x4, sera évidemment plus adapté qu'un 'coupé '!

Plus vous vous rapprocherez du site concerné, moins il faudra faire d'efforts.
C'est là un aspect souvent négligé, qui conduit inévitablement au découragement lorsque, après plusieurs heures de 'fouilles' harassantes et que la nuit commence à tomber, vous vous retrouvez avec plusieurs spécimens à ramener à la force du poignet vers votre voiture qui se situe à ½ heure de marche vraiment, cela mérite réflexion et vient en tête de liste des préoccupations préliminaires à tout prélèvement..
Il n'est pas rare de nos jours d'avoir dans ses relations, un ami qui possède un véhicule qui pourrait convenir. A vous d'en faire un futur passionné et de le convaincre de partir avec vous pour un " raid bonsaï " qui le rendra 'accro' pour le reste de ses jours.

Ensuite, il va falloir charger ce véhicule de tout le matériel nécessaire en veillant à ce que celui-ci, une fois dedans, n'occupe pas tout le volume disponible. Gardez suffisamment de place pour ramener au moins un arbre, sans cela, cela ne vaut pas le coup de partir . !
Voyons maintenant les éléments à prendre en compte pour dresser une liste précise de ce que vous devez emmener.

1 - A quelle distance du lieu de stationnement du véhicule se situe l'arbre que vous avez repéré ?
2 - disposez vous d'une aide pour porter le matériel ?
3 - Quelle est la nature du sol où vous allez devoir creuser ?
4 - Trouverez vous sur place de quoi conditionner le futur 'prélevé', afin de la ramener at home dans les meilleures conditions possibles ; tels que de la mousse et de l'eau par exemple?
5 - Aurez-vous la force de ramener vous même sans l'aide de quoique ce soit vos prélèvements jusqu'à la voiture ?
6 - Quel est le meilleur outillage pour extraire ces arbres de leur terre nourricière ?

Autant de questions qu'il est judicieux de se poser avant de lancer le démarreur pour la grande quête.

Examinons plus en détail l'acheminement du matériel et des arbres.

Si vous êtes seul, attendez-vous à en 'baver'. Car il faut :
UN, porter tout l'équipement à l'endroit choisi.
DEUX, revenir à la voiture pour boire un petit coup, parce que cela donne soif.
TROIS, repartir plein d'entrain sur le site pour déballer l'outillage.
QUATRE, retourner encore à la voiture parce que vous avez oublié ce fichu sécateur nécessaire pour éradiquer les ronces qui vous gênent et, pour se redonner du coeur à l'ouvrage, en profiter pour avaler un autre petit verre .
CINQ, retour auprès de l'objet de votre convoitise qui commence à s'impatienter.
SIX, commencer les choses sérieuses en dégageant tout ce qui pourra vous gêner lors des premiers coups de pelle.
SEPT, vu l'effort consenti après cette action, revenir boire un autre 'petit canon' pour envisager la suite des évènements ...

Bref, si dès le départ vous aviez prévu un moyen de tout charger sur un chariot repliant.
( il en existe de fort pratiques dans le commerce et pas trop onéreux), vous vous seriez évité beaucoup de marche inutile et surtout un procès-verbal pour taux excessif d'alcool dans le sang, sur la route du retour
Cependant, si vous êtes deux, cela change tout et dans ces conditions, j'utilise avec beaucoup d'avantages un brancard (genre militaire, disponible dans tout stock US) qui présente le double intérêt de porter tout le matériel, et surtout de pouvoir rapporter les arbres prélevés prés de la voiture sans trop d'efforts.
De plus, plié, il prend peu de place dans le véhicule. Seul inconvénient, mais vraiment dérisoire en considération de toutes ses qualités, si vous croisez sur le chemin du retour quelques 'indigènes', ils risquent de vous prendre pour quelques débiles mentaux et d'alerter la gendarmerie la plus proche.

Maintenant que vous êtes définitivement sur le théâtre des opérations, équipé de pieds en cap, votre matériel à portée de main mais toujours chargé sur votre brancard, nous allons procéder a son inventaire.

1 - Le déplacement, c'est vu : un moteur, un châssis, un volant, de l'essence et un permis de conduire, plus un copain compréhensif.
2 - Le transport des arbres : nous venons d'en parler : Une brouette re-pliante, un brancard, feront l'affaire, le tout servi par de bonnes paires de bras et mus par de solides jarrets de bonsaïka.
3 - De quoi couper branches et racines avec facilité (afin d'éviter des tendinites désastreuses qui vous guettent pour vos vieux jours !) puisque nous avons à faire à des arbres déjà bien développés. Souvenez-vous que nous ne prélevons pas des baguettes, mais des végétaux âgés de plusieurs dizaines d'années.
Donc,
une bonne paire de sécateurs bien affûtés, de ceux utilisés traditionnellement en jardinage, plus des sécateurs à longs manches, capables de trancher aisément des diamètres importants. Par leur longueur ils vous permettront d' aller tâter les pivots lorsque vous aurez dégagé la motte de racines.
Pour rester dans ce qui " coupe et tranche ", emmenez si vous en avez une dans votre trousse à outils, ces grandes pinces obliques 'made in japan' pour reprendre sur place les premières coupes grossières effectuées aux sécateurs, ainsi que les pinces concaves grand modèle, irremplaçables pour ce type de travail et
cela sera toujours ça de moins à faire à la maison.
Il existe également des scies d'élagage repliables ( il y a de nos jours des marques qui offrent une coupe parfaite, avec des dessins de lames étudiés pour se glisser au mieux dans l'écheveau des branches ainsi qu'une efficacité dans la coupe remarquable.
Enfin ,un couteau de poche, indispensable, qui vous servira autant à emballer les arbres, qu'à déboucher une bonne bouteille une fois l'ouvrage terminé … si grâce à Dieu,.celui-ci est de surcroît muni d'un tire-bouchons

4 - Voyons maintenant la partie terrassement et fouilles.

Là, nous abordons la partie sérieuse de l'affaire. En effet, il est hors de question de s'embarquer avec de l'outillage de troisième catégorie.
On a déjà vu de solides gaillards, casser des manches d'outils à la première tentative de soulèvement d'une motte de racines et plier illico bagages, faute de pouvoir mener plus loin leur labeur.
Donc, pas d'hésitation, aucune économie de bouts de chandelle dans le choix de l'outil de base, prenez ce qui se fait de plus résistant et vous serez gagnant à tous les coups.
Cet outil essentiel s'appelle en pépinière un
'louchet'. (voir photo)
Evidemment, il y a plusieurs modèles et l'on en trouve maintenant dans certaines jardineries.
Cela ressemble à première vue à une bêche classique, mais attention, ce n'est pas du tout le même usage. La première à la rigueur vous permettra de faire sauter sur l'herbe sans grands dommages un malheureux navet, mais si d'aventure vous affrontez un 'papa' (un arbre de plusieurs dizaine d'années), vous vous retrouvez inévitablement dans la configuration évoquée plus haut, et vous n'avez plus qu'à rentrer chez vous, la mort dans l'âme.
Alors,
un louchet de qualité, avec manche renforcé.
Une autre solution très efficace est de faire adapter par un forgeron un manche en métal, qui lui ne se pliera pas au premier effort.
De plus,
vous gagnerez en poids, ce qui, vous le découvrirez rapidement, est un atout indispensable lorsque vous 'cernez' votre arbre ; 'cerner' voulant dire découper un cercle autour de l' arbre en enfonçant avec force votre louchet dans le sol en poussant comme il se doit, votre cri de guerre favori. Ce cercle correspond au volume de racines que vous lui laisserez après extraction du sol.
Pour ma part, j'utilise avec bonheur depuis plusieurs années un complément à ce louchet.
Il s'agit d'une
barre à mine dite 'à palette' (photo). C'est un investissement qui se justifie à plus d'un titre, compte-tenu des nombreuses applications que vous pourrez en retirer.
Une extrémité de cet outil présente une partie pointue, utile dans les terrains caillouteux, voir pierreux, et l'autre, une 'palette' d'une dizaine de centimètres, relativement tranchante qui vous rendra un fier service pour sectionner ce fameux pivot qui vous 'vrille' certaines essences à la terre de façon outrancière. Surtout, ne vous amusez pas à vouloir complètement le dégager, vous risquez de vous retrouver en Nouvelle Zélande et sans visa par dessus le marché !
Ces deux outils sont suffisants dans la plupart des cas, mais quasi irremplaçables.

5 - Voyons maintenant tout le matériel annexe dont vous aurez besoin lorsque votre victime aura rendu les armes.

En effet, c'est bien gentil d'avoir sorti l'arbre, mais encore faut-il maintenant le préparer pour le transport et assurer autant que possible sa survie.

Pour cela il nous faut :

- un crochet assez fort (photo) pour débarrasser les racines de toute cette terre dont nous n'avons que faire. Il ne sert à rien en effet de conserver la terre d'origine autour des racines .Elle s'avère impropre au résultat visé, c'est à dire la rhizogénèse ou pour parler plus simplement, la naissance de nouvelles racines après leur taille sévère qui suivra le prélèvement. Nous parlerons plus précisément de ceci dans le 3ème volet.

- du mastic à cicatriser pour appliquer aussitôt sur les grosses coupes de racines et de branches. Personnellement, j'utilise du 'Lac Balsam' depuis pas mal de temps et j'en suis très satisfait. Je sais, pas de publicité ici, mais il faut évoquer les produits qui 'marchent' . On nous vante tellement souvent ceux qui ne marchent pas !

- je voulais mentionner ici, un produit que je n'ai jamais utilisé mais qui me semblerait utile dans le cadre de nos activités champêtres, c'est un 'anti-transpirant'. C'est commercialisé sous forme d'un liquide, vendu dans les coopératives horticoles, à diluer dans de l'eau et à appliquer sur l'ensemble d'un végétal (racines et parties aériennes).
Il freine l'évaporation, ce qui assure la survie de la plante et ceci pendant un laps de temps intéressant. Je le testerai la saison prochaine à suivre.

- de la sphaigne pour envelopper toutes les racines. Voilà le produit miracle, offert par Dame nature elle-même. Hélas, on ne le trouve pas facilement. Vous pouvez cependant en acheter. Il existe en France des maisons qui en proposent (contacter les spécialistes en substrats). Cette mousse est la quintessence de tout ce dont nous avons besoin pour restaurer nos arbres après le mauvais traitement qu'ils ont subi. Encore faut-il en avoir suffisamment pour constituer un réel habillage des racines. De plus et c'est bien connu des pépiniéristes 'vieille école', elle aide à la rhizogénèse.

- toujours emmener un pulvérisateur rempli d'eau pour éviter le dessèchement des racines lorsque celles-ci sont à l'air. Vous mettrez ainsi beaucoup d'atouts de votre côté.

- de quoi emballer les racines et bloquer la sphaigne. Vous pouvez utiliser à ces fins plusieurs matériaux qui peuvent aller du sac 'à patates' ( très bien, la toile de jute), aux sacs poubelles ( inconvénient cependant, pas d'aération et faible solidité), en passant par le grillage métallique (genre grillage à lapin) que l'on 'façonne' en fonction du volume des racines. C'est de loin la meilleure solution et qui permet de tremper l'arbre dans une flaque d'eau par exemple, pour hydrater les racines avant de les charger dans votre véhicule. Je vous conseille de préparer chaque arbre individuellement ce qui, vous le verrez plus tard , est plus pratique pour les nombreuses manipulations et interventions que chaque arbre doit subir.

- de la ficelle (la meilleure est celle qui tenait en place les 'braies' des paysans au Moyen-âge, je veux dire la ficelle lieuse. En plus, elle se dégrade avec le temps , ce qui n'est pas le cas des nouvelles générations de ficelles, que l'on retrouve à profusions, négligemment jetées ,dans les rares fourrés qui bordent les champs, par des mains coupables).

Voilà, je crois que j'ai fait le tour de la question en ce qui concerne le matériel de base. Il va sans dire que je parle ici de ma propre expérience. Il est fort possible que d'autres amateurs de bonsaï aient pu développer des techniques de prélèvements qui nécessitent une toute autre panoplie de matériel. Si tel était le cas, je vous avoue que je souhaiterais ardemment les connaître ( j'ai une adresse e-mail, alors profitez-en).

Ah, si j'oubliais un point important. N'oubliez jamais d'emporter le 'pique-nique' !
Il existe ainsi des moments qu'un honnête homme ne peut pas laisser passer. C'est la joie de regarder votre tableau de chasse ( les arbres prélevés, alignés, conditionnés dans les règles de l'art et prêts pour la grande aventure) en dégustant une bonne terrine maison le tout accompagné d'un Chinon - c'est normal, c'est un vin de chez nous - tandis qu'autour de vous resplendissent des couleurs d'automne qui font de ces instants privilégiés, un réel bonheur, dans la vie de tout 'bonsaïka' qui se respecte.

La prochaine fois, nous parlerons de la technique du prélèvement.

Jean-Luc Salles