Le rempotage
Cette fois-ci, Jean-Luc va nous parler d'un événement extrêmement important dans la vie d'un bonsaï, car il conditionne son évolution, et même sa survie : Le rempotage. Nous avons pris ici l'exemple d'un Cornouiller prélevé il y a quelques années, et mis en culture depuis dans une caisse en bois. Les photos apparaissent dans l'ordre du rempotage, tel qu'il le décrit après avoir évoqué tous les aspects de cette opération délicate: pourquoi rempoter, quand, quel substrat utiliser, et des conseils sur ce qu'il faut et ne faut pas faire pour un rempotage réussi.
C'est parti ...
les outils

Le rempotage est l'une des tâches les plus importantes dans le long processus de transformation d'un arbre en bonsaï. Lorsque l'on parle de rempotage, on pense avant tout à la taille des racines ; opération qui contribue largement au processus de nanification de l'arbre et qui permet après quelques années de préparation de les loger dans ces fameuses poteries pour bonsaï dont on sait que le faible volume - imposé essentiellement pour des raisons esthétiques - constitue un sérieux handicap.

Pourquoi rempoter un arbre ?

Les racines d'un arbre élevé dans un pot colonisent rapidement le volume qui leur est alloué, et elles ont vite fait d'épuiser toute la nourriture disponible. Lorsque c'est le cas, vous avez comme unique recours de sortir l'arbre du pot pour raccourcir les racines, ou bien de le mettre dans un contenant plus grand. Il faut savoir que seule l'extrémité des racines 'aspire' l'eau et les éléments nutritifs. Les racines ont une double vocation dont celle de 'soutenir' l'arbre dans le sol ; raison pour laquelle elles s'étalent au fur et à mesure que l'arbre se développe. Avec nos bonsaï, nous les empêchons de se développer normalement puisque nous n'avons pas besoin de leur fonction de support. Ce que nous voulons, c'est un maximum de jeunes racines qui rempliront leur rôle de pompe aspirante et ceci le plus près possible de la base du tronc, en gardant à l'esprit qu'elles devront se loger dans un volume relativement restreint. Les racines réagissent comme les branches que l'on coupe, pour obtenir une bonne ramification.

Ce que nous voulons obtenir, c'est un maximum de chevelu, le plus prés possible du tronc.

préparation nettoyage des troncs le pain de racines
démêlage des racines
 

La stabilité de l'arbre dans le pot est assurée par l'utilisation de fils de ligature (pas trop fin pour ne pas couper les racines) qui passent généralement par les trous de drainage pour se réunir sur la surface des racines où ils sont torsadés pour bien solidariser les deux éléments. Il est important d'attacher les arbres dans les pots (et les pots aux étagères pour certains styles comme les cascades ou les shokan), car le vent, lorsqu'il se déchaîne, les met facilement &D'autre part, au bout de quelques années, le développement des racines dans un même pot rend l'arrosage très difficile en raison de leur densité. Elles sont si serrées que l'eau a du mal à se frayer un chemin à l'intérieur du substrat ; ce qui a des effets directs sur la bonne santé de l'arbre. Voilà également une bonne raison de rempoter régulièrement un arbre.

- Pour les jeunes plants, il est bon de les rempoter tous les ans.
- Un arbre préformé, pourra attendre entre deux et trois ans selon l'évolution des racines.
- Un bonsaï déjà formé, dans une poterie conforme à son style, n'aura pas besoin d'être rempoté trop souvent (excepté si les racines veulent 'sortir' du pot). C'est à l'appréciation de l'éleveur qui juge si un rempotage sera bénéfique ou non. On peut laisser s'écouler 4 à 5 années ainsi, entre deux rempotages.
- Les Pins vous montrent à leur manière qu'un rempotage s'impose. En effet, les racines lorsqu'elles n'ont plus d'espace vital, s'enroulent au fond du pot et soulèvent la motte racinaire qui dépasse alors anormalement du rebord supérieur du pot. Il est temps de faire quelque chose.

griffe deux dents
coupe grosses racines
Par ailleurs, c'est uniquement par le rempotage que l'on pourra améliorer le 'nebari' (départ des racines conforme aux critères de l'esthétique bonsaï) qui doit être le premier travail que l'on fait subir à un jeune plant. Un bonsaï qui présente un grave défaut d'enracinement n'aura aucune valeur, même si le tronc et les branches sont bien formés.
C'est le premier critère de jugement qui conditionne tout ce qui s'ensuit, à savoir : la ligne du tronc qui déterminera le style dans lequel cet arbre sera classé (chakan vertical strict, tachiki vertical avec mouvements du tronc, Moyogi etc.).


Le rempotage vous permet donc de corriger ces mauvais enracinements.
Le processus est simple en soi, puisqu'il consiste à sélectionner des départs de racines de telle façon qu'elles s'inscrivent dans un même plan horizontal. L'arbre ainsi préparé, lorsqu'il a été correctement positionné dans le pot, dégage une réelle impression de stabilité, qui joue un grand rôle dans la qualité d'un bonsaï.
Il est parfois difficile, voir impossible pour des yamadori ( arbres prélevés dans la nature), de trouver un bon départ de racines. Il en manque souvent une sur un des côtés, entraînant un déséquilibre pénalisant.
Dans le cas de yamadori -arbre possédant déjà un diamètre de tronc important au niveau du départ des racines - on ne peut pas rapporter une racine là où il n'y en a pas, à moins d'utiliser des subterfuges pour dissimuler ce défaut ; comme accoler un autre tronc là où manque une racine et 'construire' un double tronc ; ou essayer d'incruster une pierre, afin d'équilibrer la base de l'arbre, comme s'il avait trouvé appui sur elle pour se développer.

parage au sécateur griffe trois dents motte diminuée
taille des branches

 

Quand rempoter ?

C'est un vaste débat et je dois avouer qu'après bientôt 20 ans d'expérience, je ne suis pas encore sûr d'avoir trouvé un semblant de réponse satisfaisante à la question, pour déterminer quel est le meilleur moment pour rempoter un arbre ?
Encore faut il faire un distinguo entre un simple changement de pot sans grosse coupes sur les racines, comme passer un arbre dans un pot plus grand par exemple, et un réel rempotage comme nous l'entendons habituellement où là, il s'agit de faire une grosse intervention sur le système racinaire (démêler les racines, supprimer toute la terre, voire les laver, en couper une bonne partie, etc.) ainsi qu'une taille de structure allant de pair, sur la partie aérienne.

Il est d'usage de dire que la meilleure saison pour rempoter se situe au tout début du printemps, juste avant le débourrage.Une autre période favorable, concerne la fin de l'été, après les grandes chaleurs, lorsque les végétaux se remettent à 'fonctionner', avant les premiers frimas. Disons septembre et octobre. On conseille également de le faire après la floraison pour les fruitiers et les arbres 'à fleurs'.

 

Voilà pour les grandes lignes. Je me garderai bien d'être péremptoire en disant c'est comme ça et pas autrement : J'ai rempoté avec succès des feuillus et des conifères en plein mois de juillet et août (avec grosse intervention sur les racines).
Les soins post-rempotages sont très importants et déterminent ou non la réussite. Il n'y a pas vraiment de règle absolue. Il me semble que tout réside dans la manière de faire.
En gardant à l'esprit que les racines sèchent très vite et que c'est le point le plus important à surveiller, on peut travailler quand on veut en période végétative. Pensez aux besoins de la partie aérienne (feuilles), qui doivent être compatibles avec l'apport des racines -où ce qu'il en reste - après le rempotage.

choix du pot

Ce qu'il ne faut pas faire :
- Rempoter par temps de gel.
- Si vous rempotez en novembre (selon le dicton : à la Sainte Catherine, tout bois prend racine), faites le uniquement si vous pouvez protéger l'arbre des gelées qui viendront ultérieurement (serre froide, local hors gel et non chauffé).
Les racines coupées, craignent l'excès d'eau qui peut amener une pourriture. On applique du baume cicatrisant (Lac Balsam) sur les sections des grosses coupes de racines.
- mettre un arbre en plein soleil après un rempotage ou exposé à des vents desséchants. Traitez le comme une bouture. Hygrométrie favorable, surtout pas d'excès d'eau au niveau des racines, et placé à mi-ombre, et plus que tout, employez un substrat adapté.
- Ne faites pas d'apport d'engrais. Cela ne sert à rien puisque les racines doivent se refaire avant de pouvoir l'assimiler. Par contre, si vous rempotez en période végétative, un léger apport d'engrais foliaire (le soir) ne peut être que bénéfique.
- Evitez de rempoter et ligaturer l'ensemble d'un conifère en même temps. Mieux vaut différer les deux interventions. Cependant, s'il s'agit d'un jeune plant de conifère, vous pouvez néanmoins commencer à former le tronc par la ligature. C'est simplement une histoire de précaution, pour ne pas risquer de perdre l'arbre.