En été
 
L'eau

Nos chers bonsaïs sont des êtres difficiles et exigeants quant à la qualité de l'eau d'arrosage et ils ont vite fait de vous faire sentir si celle que vous leur servez au quotidien est à même de les contenter.

Quelles doivent être les caractéristiques essentielles d'une bonne eau d'arrosage ? A vrai dire, je n'en sais strictement rien, et ce n'est pas faute d'avoir étudié la question. Mais, je dois vous avouer - au même titre que la fertilisation - que plus on s'aventure dans la compréhension des réactions chimiques et autres salades indigestes, plus on y perd son latin j'ai donc rapidement laissé tomber l'aspect universitaire, au profit de l'expérimentation de terrain, qui m'autorise à en tirer pour l'instant, les observations suivantes : c'est une certitude que les eaux de ville -j'aime ce terme 'ville' - gracieusement offertes par la 'Lyonnaise des Eaux'ou autres colporteurs d'eau patentés, ne conviennent pas, mais alors là pas du tout, à nos amis.

Aussi, dans la mesure du possible, nous nous abstiendrons de leur en distribuer. Voilà un bon point de départ pour disserter sur l'eau d'arrosage. C'est en effet une eau chimiquement traitée, et avec quoi, je me le demande ? Alors, que nous l'ingurgitions, je veux bien, cela nous regarde, mais de là à l'imposer à nos arbres, je dis NON ! Laissons cela aux bipèdes de notre espèce, ils en ont vu d'autres.

Quant aux effets à plus ou moins longue échéance, c'est une autre affaire. Tout comme les 'OGM', l'avenir nous donnera une réponse, et je ne suis pas pressé de connaître le verdict. Ceci dit, soyons réaliste, et si de temps en temps, pour des raisons liées à un emploi du temps 'surbooké' vous leur injectez ce venin, ils n'en dépériront pas pour autant dans les minutes qui suivent. Ils sont à même de supporter la dose plusieurs mois de suite ; sachez cependant qu'il s'agit d'un liquide sans vie, aseptisé, transparent outre mesure, en un mot, trop beau pour être honnête !

J'en vois déjà qui me disent : c'est bien gentil tout ça, mais avec quoi pouvons-nous arroser nos arbres, alors ?

Patience, j'arrive, il y a des recours ; laissez-moi le temps de vous les énumérer :

1) L'eau de pluie, c'est bon quand elle vient du ciel ! mais justement, c'est là qu'est le 'hic', car elle ne vient pas toujours du ciel, mais des toits ! Et alors là, en guise de pollution, vous avez la 'totale'.

Oui, Je sais, je suis un enquiquineur, mais la réalité, c'est que notre monde n'est pas parfait et que ni 'Woodstock' ni 'Katmandou' n'ont pu remédier à cette évidence. Et puisque nous vivons dans ce monde là, acceptons que nos toitures et particulièrement celles des grandes cités voient s'accumuler entre deux averses des couches de poussières que j'aurai peur de faire analyser.
Si vous récupérez de l'eau de pluie pour vos arbres, n'oubliez pas cette réalité et agissez en conséquence.

2) Pour les veinards qui habitent à la campagne, trouver une autre source que celle imposée par la D.D.E et la CGE est encore du domaine du possible. Combien de temps encore, ça je ne pourrai vous le dire. Vous avez des rivières, des étangs (voir des mares à canards), des sources et des puits tous excellents pour nos végétaux ; si tant est que nos chers agriculteurs n'aient pas forcé la dose.
Je connais des amateurs de bonsaï résidant en ville, qui n'hésitent pas à remplir régulièrement quelques jerricans d'eau d'étang (
parfait, l'eau d'étang ; elle contient toutes sortes de micro-organismes bénéfiques aux plantes) pour avoir toujours une réserve d'eau digne de ce nom à portée d'arrosoir.
Il vous suffit de demander l'autorisation au propriétaire des lieux qui, s'il ignore les contraintes que connaissent les bonsaïkas, vous prendra illico pour un type vraiment 'radin' qui vient ainsi récupérer de l'eau dans son étang. Si tel est le cas, vous pouvez toujours vous lancer dans une explication approfondie, mais je ne veux en aucun cas me sentir responsable des conséquences.

3) Enfin, à défaut de toute autre chose, vous avez l'eau minérale en bouteilles. La Volvic est paraît-il une des meilleures (?) . Non, n'allez pas vous imaginer des choses, je ne touche aucun 'pichet d'eau' pour nommer ici cette grande marque commerciale. Quoique que, à bien y réfléchir, je serais bête de rejeter toute propositions non ?
Pour les gens qui possèdent un ou deux arbres, (genre Ficus) cela peut convenir. Mais reconnaissons que le bon sens, si tant est qu'il nous en reste un peu, nous fera ressentir un sentiment de culpabilité à chaque fois que nous servirons un grand verre d'eau minérale à 3 ou 4F le litre à notre protégé. Sauf bien sur si vous récupérez l'eau de ressuyage pour votre propre consommation !

Pour résumer, agissons pour nos bonsaïs avec discernement. C'est à dire, comme ils appartiennent au règne du vivant, efforçons nous de leur donner - puisque nous en avons cette charge - l'eau la plus naturelle possible. Et dans ce domaine, il nous est encore possible de le faire.

Chaque amateur peut ainsi s'organiser en fonction de son environnement. Retenons qu'il s'agit là d'une des conditions impératives de leur bonne santé, laquelle hélas est souvent négligée, voir même, ignorée.

Quelques conseils

Si vous le pouvez, arrosez avec de l'eau à température ambiante.
Il est évident que de l'eau froide - telle qu 'elle peut sortir d'un tuyau d'arrosage en plein été - créera un choc thermique, préjudiciable au végétal.
Il est parfois difficile de faire autrement, et je parle en connaissance de cause, puisque étant confronté à ce problème - j'ai à ma disposition de l'eau puisée à 33 mètres - je vois souvent mes arbres qui commencent à grelotter lorsque je me dirige vers eux muni de ma lance d'arrosage Oui, c'est vrai !
Pour ceux qui n'ont à leur disposition que l'eau de ville - l'autre étant par déduction réservée aux habitants de la campagne, mais cela nous convient parfaitement - ils peuvent toujours "l'amender" en la conservant dans un grand bac : une jarre par exemple, pour faire 'ambiance' en essayant d'y amener de la vie.
A cette fin, vous y mettez de l'eau d'étang, bien riche en
micro-organismes, vous y ajoutez de la sphaigne ( cette mousse assez difficile à trouver, et aux multiples vertus) ; à défaut de la tourbe, et vous utiliserez cette décoction avec 'force merveilles' comme disaient nos aïeux !
Chacun peut y aller de son imagination et laisser libre cours à ses aspirations, la seule contrainte étant de toujours rajouter l'équivalent de la quantité prélevée de liquide pour
entretenir le cycle naturel.
Veillez cependant à ne pas faire 'pourrir' l'eau L'indice en sera l'odeur. Ce dont nous avons besoin rappelez-vous, c'est de l'eau vivante : lorsque vous l'observez de prêt, vous y découvrez une multitude de petites bêtes qui s'agitent dans tous les sens, signe que vous êtes sur la bonne voie.